Projet VISQUEUX CAPENA

Projet VISQUEUX

Le Centre pour l’Aquaculture, la Pêche et l’Environnement de Nouvelle Aquitaine (CAPENA) est une association loi 1901, dont le siège est situé à Gujan-Mestras, et a été créé en 2021 pour mutualiser les compétences et les expériences des deux structures initiales présentes en Région Nouvelle-Aquitaine. Son rôle est d’apporter une expertise technique et scientifique aux acteurs des filières pêche et aquaculture, ainsi qu’aux acteurs publics et privés, sur l’environnement, les ressources des milieux aquatiques et les modes de production afin d’en assurer un développement durable.

Depuis juillet 2020, des proliférations récurrentes de vers plats sont observées sur le Bassin d’Arcachon. De grandes densités sont ainsi principalement localisées sur l’estran entre la fin de l’été et le début de l’hiver, et plus particulièrement dans les zones utilisées par l’ostréiculture. Omniprésents dans les récifs d’huîtres creuses et de moules ainsi que dans les poches d’huîtres en élevage, les individus se dissimulent aisément de par leur morphologie et leur couleur sombre.

De plus, l’apparition de ces organismes a été concomitante à des événements de mortalité anormale d’huîtres creuses dans les poches d’élevage, ainsi que sur les moules. L’hypothèse d’un lien de causalité (prédation) est émise. Pour autant, aucune étude n’a pour le moment tenté de démontrer ce lien. Ces vers plats font partie de l’embranchement des plathelminthes. Malgré une importante diversité, les vers plats sont mal connus, faute d’études à leur sujet et des difficultés taxonomiques. Les individus observés sur le Bassin d’Arcachon, mesurent entre 0,2 et 4 cm et semblent se déplacer uniquement en rampant.

Cette espèce, baptisée Idiostylochus tortuosus, était inconnue jusqu’à ce jour et a été identifiée par une scientifique espagnole. La bibliographie et les enquêtes réalisées auprès des ostréiculteurs du Bassin n’ont pas permis de déterminer avec certitude la présence de vers plats similaires à une date antérieure à 2020.

Dans ce cadre, une étude de l’écologie et comportementale de cette espèce paraît nécessaire. Le projet VISQUEUX, pour Ver plat IdioStylochus tortuosus : Etude écologiQUE, approches in-sitU et eXpérimentales,  sera composé de deux volets pour :

  1. Appréhender la répartition spatiale ainsi que la dynamique des populations de I. tortuosus afin d’en identifier les paramètres clés (périodes de recrutement, taux de croissance individuels et de la population) à la fois au sein des zones ostréicoles et dans les récifs d’huîtres sauvages.
  2. Préciser le caractère carnivore par prédation et/ou nécrophage de cette espèce, et identifier les proies préférentielles.

Ce projet est également soutenu par l’Office Français de la Biodiversité au travers du Parc Naturel Marin du Bassin d’Arcachon.

Résultats du projet

Les 1ères observations du ver plat dans le bassin d’Arcachon remontent à 2020 et ont été concomitantes avec des évènements de mortalités massives d’huîtres. Des travaux récents en génétique ont montré que celui-ci appartenait à l’espèce Postenterogonia orbicularis, originaire de Nouvelle-Zélande où elle est identifiée depuis 1853, synonyme d’Idiostylochus tortuosus. Sa distribution mondiale semble s’étendre ces dernières années avec des signalements depuis 2019 au Japon, 2020 en Australie et 2023 en Galice.

Des expériences en laboratoire ont d’abord permis de déterminer que le ver plat était capable de mener des prédations et consommer différentes espèces de bivalves. Cependant, ils consomment significativement plus et plus rapidement les mytilidés (moule et moule asiatique) que les huîtres creuses. Etant sensibles à la lumière et passant la majorité de leur temps à se dissimuler, la présence de coquilles vides peut favoriser la prolifération, d’autant plus qu’elles peuvent également servir de surface de ponte.

Un suivi a été mené dans des récifs d’huîtres et de moules sauvages. Il a pu être observé que si le ver plat était présent toute l’année, les abondances étaient supérieures d’octobre à décembre. Les vers plats étaient également présents en plus grandes quantités dans les grappes de moules. Un suivi a également été mené au sein d’élevages sur des naissains et des huîtres marchandes. Les abondances de vers plats étaient supérieures dans les poches de naissains, aussi celles avec la maille la plus petite (4 mm). La présence de moules attachées aux poches ainsi que de coquilles vides dans les poches apparaissent comme les facteurs favorisant la présence du ver plat. D’autre part, comme dans les récifs sauvages, des augmentations d’abondance de vers plat étaient plutôt consécutives à des épisodes de mortalité. L’apparition de ce ver plat ajouterait un prédateur et donc une pression supplémentaire sur les huîtres cultivées. Les mauvaises conditions environnementales actuelles, notamment un appauvrissement en ressource nutritive, fragiliseraient les huîtres les rendant d’avantage vulnérables à la prédation par ces vers plats.

Rapport d’étude projet VISQUEUX